Henri Gustave CLAUDEL, 18571942 (aged 84 years)

Henri Gustave Claudel
Name
Henri Gustave /CLAUDEL/
Given names
Henri Gustave
Surname
CLAUDEL
Birth October 27, 1857 39 29
Occupation
Représentant de Commerce - Directeur de Magasins

Death of a paternal grandfatherCharles Nicolas François CLAUDEL
June 19, 1860 (aged 2 years)
Informant: François Le Patriarche CLAUDEL (aged 46 years) — son
Death of a maternal grandfatherCharles Augustin François SAVARY
April 6, 1861 (aged 3 years)
Death of a paternal grandmotherElisabeth Marguerite ROLIN (ROLLIN)
July 31, 1864 (aged 6 years)
Informant: François Le Patriarche CLAUDEL (aged 50 years) — son
Death of a maternal grandmotherClaire Mélanie TESSIER
June 22, 1870 (aged 12 years)
Guerre
Guerre franco-allemande
from July 19, 1870 to January 29, 1871 (aged 13 years)

Note: https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_franco-allemande_de_1870
Régime politique
IIIe République
September 4, 1870 (aged 12 years)

2ème président de la République Française
Adolphe Thiers
August 31, 1871 (aged 13 years)

3ème président de la République Française
Patrice de Mac-Mahon
May 24, 1873 (aged 15 years)

4ème président de la République Française
Jules Grévy
January 30, 1879 (aged 21 years)

Marriage of a siblingCharles Victor CLAUDELBlanche Hortense MASSEAUView this family
September 25, 1879 (aged 21 years)
Death of a fatherCéleste Victor CLAUDEL
May 14, 1883 (aged 25 years)
Informant: Henri Gustave CLAUDEL (aged 25 years) — son
Informant: Aimé Quirin CLAUDEL (aged 31 years) — nephew
DeathCéleste Victor CLAUDEL
May 14, 1883 (aged 25 years)
Residence before 1887 (aged 29 years)
Address: 56, rue Rambuteau
MarriageJoséphine Ernestine DUMASView this family
February 5, 1887 (aged 29 years)
Residence 1887 (aged 29 years)
5ème président de la République Française
Sadi Carnot
December 3, 1887 (aged 30 years)

Death of a wifeJoséphine Ernestine DUMAS
April 18, 1891 (aged 33 years)
Residence 1894 (aged 36 years)
Address: 111, boulevard Richard Lenoir
6ème président de la République Française
Jean Casimir-Perier
June 27, 1894 (aged 36 years)

Birth of a daughterClaire Marie Jeanne Albine CLAUDEL
August 22, 1894 (aged 36 years)
Address: Domicile des parents : 111, boulevard Richard Lenoir
7ème président de la République Française
Félix Faure
January 17, 1895 (aged 37 years)

Residence 1897 (aged 39 years)
Address: 7, rue du Canon
Birth of a daughterHenriette Louise Marie CLAUDEL
January 4, 1897 (aged 39 years)
Address: Domicile des parents : 7, rue du Canon
Birth of a sonGeorges Victor Joseph CLAUDEL
November 6, 1898 (aged 41 years)
8ème président de la République Française
Emile Loubet
February 18, 1899 (aged 41 years)

Birth of a daughterHélène Geneviève Jeanne Bleuette CLAUDEL
March 27, 1901 (aged 43 years)
Birth of a daughterMadeleine Marguerite CLAUDEL
July 26, 1902 (aged 44 years)
Death of a wifeAlice Nizida Antoinette BACHELIN
October 25, 1904 (aged 46 years)
Cause: post partum
Séparation des Églises et de l’État Française
Loi du 9 décembre 1905 relative à la séparation des Églises et de l’État
December 9, 1905 (aged 48 years)

9ème président de la République Française
Armand Fallières
February 18, 1906 (aged 48 years)

Death of a brotherCharles Victor CLAUDEL
December 27, 1906 (aged 49 years)
Death of a motherClaire Eugénie SAVARY
1911 (aged 53 years)
10ème président de la République Française
Raymond Poincaré
February 18, 1913 (aged 55 years)

Fact
Histoire de notre famille (Voir l'onglet "Histoires")
about 1915 (aged 57 years)

Note: Document rédigé par Henri Gustave CLAUDEL
11ème président de la République Française
Paul Deschanel
February 18, 1920 (aged 62 years)

12ème président de la République Française
Alexandre Millerand
September 23, 1920 (aged 62 years)

Parti Communiste Français
Naissance du Parti Communiste Français
December 25, 1920 (aged 63 years)

Note: Congrès de Tours
Residence 1924 (aged 66 years)
13ème président de la République Française
Gaston Doumergue
June 13, 1924 (aged 66 years)

Death of a daughterClaire Marie Jeanne Albine CLAUDEL
September 30, 1924 (aged 66 years)
Address: son domicile : 3, rue Descartes
14ème président de la République Française
Paul Doumer
June 13, 1931 (aged 73 years)

15ème président de la République Française
Albert Lebrun
May 10, 1932 (aged 74 years)

Front populaire
Victoire du Peuple
May 3, 1936 (aged 78 years)

Note: https://fr.wikipedia.org/wiki/Front_populaire_%28France%29
Guerre civile
Guerre civile d’Espagne
July 17, 1936 (aged 78 years)

Note: https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_d%27Espagne
Guerre
Seconde Guerre mondiale
from September 3, 1939 to May 8, 1945 (aged 87 years)

Note: https://fr.wikipedia.org/wiki/Seconde_Guerre_mondiale
Régime politique
Gouvernement de Vichy
July 11, 1940 (aged 82 years)

Death of a daughterMadeleine Marguerite CLAUDEL
March 1942 (aged 84 years)
Death May 19, 1942 (aged 84 years)
Family with parents
father
18181883
Residence: 1857Brunoy (91)
Military: 9 ème régiment d'infanterie de ligne à BelfortBelfort
Birth: July 4, 1818 30 25Frolois (54)
Death: May 14, 1883Brunoy (91)
mother
18281911
Birth: March 6, 1828 30 21Villecresnes (94)
Death: 1911Villecresnes (94)
Marriage MarriageMarch 6, 1849Villecresnes (94), Val-de-Marne, Île-de-France, FRANCE
13 months
elder brother
18501906
Birth: April 14, 1850 31 22Soisy-sur-Seine (91)
Occupation: Propriétaire Négociant en ConfectionNormandie
Death: December 27, 1906Maromme (76)
8 years
himself
Henri Gustave Claudel
18571942
Residence: 1894Villecresnes (94)
Birth: October 27, 1857 39 29Brunoy (91)
Occupation: Représentant de Commerce - Directeur de Magasins
Death: May 19, 1942Pont-d'Ouilly (14)
Family with Joséphine Ernestine DUMAS
himself
Henri Gustave Claudel
18571942
Residence: 1894Villecresnes (94)
Birth: October 27, 1857 39 29Brunoy (91)
Occupation: Représentant de Commerce - Directeur de Magasins
Death: May 19, 1942Pont-d'Ouilly (14)
wife
18641891
Residence: 1887Paris IV (75)
Birth: March 18, 1864Rouen (76)
Death: April 18, 1891Rouen (76)
Marriage MarriageFebruary 5, 1887Paris IV (75), Paris, Île-de-France, FRANCE
Family with Alice Nizida Antoinette BACHELIN
himself
Henri Gustave Claudel
18571942
Residence: 1894Villecresnes (94)
Birth: October 27, 1857 39 29Brunoy (91)
Occupation: Représentant de Commerce - Directeur de Magasins
Death: May 19, 1942Pont-d'Ouilly (14)
wife
daughter
18941924
Birth: August 22, 1894 36 31Villecresnes (94)
Occupation: Religieuse1924Tours (37)
Death: September 30, 1924Tours (37)
2 years
daughter
18971960
Birth: January 4, 1897 39 34Le Havre (76)
Death: April 23, 1960Flers (61)
22 months
son
18981972
Birth: November 6, 1898 41 35Le Havre (76)
Death: April 26, 1972Sens (89)
2 years
daughter
19011981
Birth: March 27, 1901 43 38Le Havre (76)
Death: July 3, 1981Aubervilliers (93)
16 months
daughter
19021942
Birth: July 26, 1902 44 39Le Havre (76)
Death: March 1942Villeneuve Saint Georges (94)
daughter
Private
Fact

Document rédigé par Henri Gustave CLAUDEL

Henri Gustave CLAUDEL : Origine historique de notre famille.

« Les Claudel »

Origine historique de notre famille, 

Rédigée à l’intention de mes enfants,

d’après les récits de mes parents et mes propres souvenirs.

Par Henri Claudel


Notre premier ancêtre, sur lequel j’ai des données, père de mon Grand-père, était venu des Vosges, berceau des Claudel. Il exploitait vers l’époque de la Révolution des lotissements de forêts domaniales ; il habitait alors Nancy. Il gagna une fortune mais, festoyeur et sans ordre, il laissait complètement la conduite de ses affaires à un employé qui s’enrichit, alors que lui-même se retrouva un jour ruiné. C’est sans doute l’épave de ses biens ou encore le bien propre de sa femme qui constitua le petit domaine de culture qu’exploita mon grand-père à Frolois, près de Nancy.

Certains récits vagues et auxquels mon père n’attachait pas de fonds sérieux, prétendaient que notre famille était rattachée, par les femmes dans la génération de cet ancêtre, à une souche très noble, celle des Vaudémont.

Des cousins JACQUET, prêtres à Paris, et que nous avons perdu de vue, auraient possédé des documents à ce sujet.

En tout cas nous n’avons jamais pris le temps ni risqué les dépenses probablement indispensables à ces recherches.

Je cite cela comme mémoire.

 

Donc notre arrière aïeul eut trois enfants :

La tante Annus

Ayant perdu son mari, devint gouvernante d’un monsieur fort riche, architecte à la Cour Impériale. Ce monsieur épousa sa fille après avoir complété son éducation, de sorte que notre cousine Annus, entrée par son mariage dans un milieu aristocratique, vécut en dehors de la famille, dont elle se détacha peu à peu. Elle eut, vers 1903, une fin assez tragique, ayant subi des violences de cambrioleurs qui lui enlevèrent près d’un million. Elle mourut nonagénaire quelques temps après, laissant par testament le reste de sa fortune en propriétés à un homme qui depuis déjà plusieurs années, avait capté sa volonté et dont le rôle fut l’objet d’une instruction judiciaire. Il eût fallu, pour poursuivre, entamer un procès couteux, pour lequel la famille ne sut pas s’entendre, et perdit par là un bien qui lui eût dû revenir.

Notre oncle CLAUDEL -dit l’abbé-

En 2° lieu l’oncle Claudel, dit l’abbé parce qu’il commença sans pouvoir aboutir ses études de prêtre. Comme son frère aîné, mon grand-père, il exploitait aussi quelques terres de culture, débris des biens paternels et mena une existence peu prospère.

Notre Grand-Père et ses enfants

Notre père nous conta que son père aurait été baptisé pendant la Révolution par un prêtre caché dans une cave. Il eut donc, comme ses frères et sa sœur, une éducation chrétienne ; mais par la formation pratique, sans doute bien peu.

D’un caractère fort exalté, il avait, tant au point de vue des choses morales et religieuses, qu’à celui des réalités de sa situation, des idées désordonnées, rêvant toujours de projets énormes qu’il ne pouvait exécuter.

Aussi son exploitation était précaire, avec du bétail plus qu’il ne pouvait en nourrir et par la suite, ne donnant que de mauvais rendements.

Malade, souvent imaginaire, il donnait peu de sa personne, il était très rude avec ses enfants desquels il exigeait un travail parfois excessif. Mon père, de constitution la plus délicate des siens, avait beaucoup à en souffrir et arrivé à vingt ans, tint à partir au régiment, bien qu’il eût pu en être exempté, désireux de sortir de cette existence trop dure pour lui.

La grand-mère, au contraire, brave et digne femme. Quoiqu’elle-même aussi rudement menée, elle fut le soutien et la providence de sa famille de sept enfants, qu’elle éleva à force de peine et souvent dans la gêne, toujours bien tenus, et quand même avec un fond naturel de bons sentiments du devoir qui fit de ses aînés au moins d’excellents sujets comme l’on verra plus loin.

 

La famille de notre Grand-Père se composait donc de :

  1. L’oncle François.
  2. L’oncle Jules.
  3. Mon père Victor.
  4. La tante Joséphine (femme Florentin).
  5. La tante Clotilde (femme Perrin).
  6. L’oncle Joseph, dit "Joujou".
  7. La tante Victorine (femme Grangé).

 

  1. L’oncle François

Aîné de la famille, tenant de la grand-mère exclusivement, soit aussi bien doué au moral qu’au physique ; vigoureux, courageux autant que doux et patient, il supporta mieux que ses frères le caractère pénible du grand-père, qui lui laissa peu à peu la direction de son exploitation dont l’amélioration s’ensuivit bientôt.

Marié à une femme aussi bonne et aussi bien douée que lui-même, aussi vive que lui était calme, il prospéra par son travail acharné.

Ces braves gens eurent d’abord un fils qu’ils élevèrent avec le plus grand soin et qu’ils destinèrent à la prêtrise. Ce jeune homme qui présentait en effet les plus heureuses qualités, mis au séminaire, reçut en jouant un coup de pied qui lui fêla le bas de l’épine dorsale ; il s’en suivit le tétanos qui l’emporta en quelques jours.

Ainsi s’abattit sur ces gens si dignes et alors si heureux, une épreuve terrible, prélude à d’autres.

Pendant de nombreuses années, ils demandèrent à Dieu d’autres enfants ; ils en eurent en effet plusieurs successivement, qu’ils ne parvenaient pas à garder ! Enfin, déjà presque vieux, ils eurent une fille appelée Céleste, qu’ils parvinrent à élever à force de soins infinis.

Ils la marièrent à Frolois, ne voulant surtout pas trop s’en séparer, à un propriétaire aisé comme eux-mêmes : M. VINCENT. Mais cette jeune femme élevée si doucement, si frêle, n’était pas faite pour le travail actif, parfois dur, auquel son mari, plein de vigueur, l’avait destiné.

Après deux maternités, elle déclina dans une anémie, qui, sans doute incomprise au début, tourna en maladie de poitrine.

L’Oncle, que ses frères appelaient « le patriarche », à cause de sa pieuse résignation et ses épreuves, et qui par sa droiture et sa native bonté, était en effet admiré de tous, mourut en 1889 avant la maladie de sa fille. Dieu lui épargna du moins cette dernière douleur, que la tante supporta seule, avec un courage inébranlable. Elle prit soin des deux petites filles pendant assez longtemps, non sans doute quelques tiraillements avec son gendre, inévitables dans ces douloureuses situations. Elle put préparer l’éducation de ses petites filles avant d’achever son existence si exemplaire.

Son gendre se remaria avec une personne fort bien elle-même, qui paracheva heureusement ces jeunes filles que j’ai eu le plaisir de voir en 1908, en passant lors d’un voyage d’affaire à Nancy. J’eus par la suite l’occasion de prendre (à leur insu) des renseignements pour un projet de mariage qu’on m’avait présenté comme peu convenable, projet qui, d’ailleurs, n’aboutit pas. Comme pour le reste de nos parents de là-bas, par suite de l’éloignement et de mes multiples préoccupations, mes relations avec ces parents ont cessé depuis. Mais comme mon frère Charles l’avait gardé lui-même d’une année qu’il fit chez eux, il me reste de ces chers oncles et tante un religieux souvenir.

  1. L’oncle Jules

Vigoureux et courageux comme son frère aîné, il était d’un esprit plus indépendant. Il s’était révélé le débrouillard de la famille, dès sa jeunesse. Lorsque le Grand-père, après les avoir appelés, souvent avant le jour, pour soigner et conduire le bétail aux champs, et que leur lever tardait, l’oncle Jules savait toujours se garer de la trique, qui attendait les autres.

Aussi, dès qu’il le put, il quitta la maison paternelle (à 20 ans) et partit avec le seul capital de ses bras pour faire le métier de forgeron puis de mécanicien d’instruments aratoires. Il se maria à Charmes puis vint à Bar-sur-Aube chez un parent de sa femme. Ensuite, avec quelques petites économies, il s’établit à Melun où il se fit une spécialité de la charrue. Secondé par la tante qui, à l’occasion, frappait avec lui à l’enclume, et vivant avec une économie excessive que n’accepterait plus l’ouvrier actuel, il prospéra assez vite.

Il eut deux fils, tous deux très intelligents :

L’aîné Camille, après de brillantes études au collège de Cluny dont il sortit dans les premiers, fut nommé bientôt professeur au lycée de Cherbourg mais, fâcheusement pour lui, avec le cours délicat de l’histoire. D’un esprit assez exalté, qu’il tenait un peu de ses cependant braves parents, il versa dans la politique, d’abord en cours de son enseignement, puis dans la presse ; ce qui lui valut des blâmes, puis la disgrâce de ses supérieurs. On était alors en 1870. Rétrogradé au collège d’Argenteuil, il récidiva en écrivant un article apologie de la Commune, qui éclatait alors.

Cette fois, c’était la poursuite judiciaire et sa carrière, si brillante à son début, tout à fait brisée car il ne consentit jamais, comme tant d’autres l’avaient fait après un premier écart, à s’humilier pour tenter de refaire sa carrière. Il continua au contraire d’écrire de ci et de là des articles ou brochures entrainant des poursuites qui l’obligèrent à s’expatrier en Belgique, en Allemagne puis en Angleterre d’où il eut la triste idée d’écrire à l’empereur Guillaume 1er, que venait de frapper la bombe d’un anarchiste, une lettre excusant cet acte présenté comme une punition. Par suite, il dût se réfugier en Hollande où, par ses relations de professeur, il se maria (N. P. le 24/09/1972 à Delft, Hollande, avec Jacqueline Levoir).

Il revint quelques temps près de sa vieille mère restée seule après le décès de l’oncle, dans une grande propriété dite « le château », où l’oncle et la tante s’étaient retirés à Frolois, après avoir laissé leur établissement de Melun à leur deuxième fils Aimé. Enfin le cousin Camille resta quelques temps, après le décès de sa mère, dans cette propriété qui lui était échue, alors que sa femme restait en Hollande.

De retour en Hollande après avoir vendu sa propriété de Frolois, il perdit sa femme (N. P. en 1909) et a continué, néanmoins jusqu’ici, à habiter la Hollande (N. P. décès le 31/01/1923 à Ede, Hollande).

J’allais le voir à Frolois en 1908, surtout pour le remercier de la façon privilégiée dont il avait tenu mes intérêts personnels dans le règlement de la succession de la tante Grangé, et malgré toute la distance de nos idées réciproques, nous avons conservé l’un pour l’autre, un affectueux souvenir que nous renouvelons de temps à autres par lettres.

Nous avons déploré que ce cousin, foncièrement doux et bon, ait été entrainé par son exaltation dans un idéal vide de réalités, qui ne lui a valu que déboires, alors qu’il eut pu tenir dans la vie une place heureuse et honorable. C’est encore une victime de Jean-Jacques Rousseau et consorts !...

Son frère Aimé, d’intelligence aussi brillante, eut du moins l’esprit pratique qui manqua à son aîné. Il préféra le travail manuel aux études qu’on lui avait fait commencer, et pris le métier de son père, dont il continua et étendit l’établissement où il est encore actuellement.

Il eut quelques déboires avec ses parents, dus surtout à sa première union, conclue contre leur gré, avec une femme qui n’était cependant pas sans qualités et que mes parents reçurent. De santé délicate, cette jeune femme succomba bientôt (en 1883) et Aimé se remaria avec Mlle Taride, sœur de l’Editeur des Cartes Routières. Il eut alors d’elle deux belles et bonnes filles et mena l’existence la plus calme et heureuse qu’il pût désirer jusqu’au jour où il perdit sa dernière femme, quelques mois seulement après le mariage de leur première fille Lucile. Il vit en compagnie de sa deuxième fille Fanny, s’occupant beaucoup au dehors ; il est président du Prud’homme ; il continua son existence calme. Toujours affectueux avec nous tous, au milieu desquels il avait toujours trouvé chez mes parents bon accueil et appui dans les mauvais jours, il s’est montré pour moi un bon et serviable parent par son aide pécuniaire passagèrement sollicitée et aussi spontanément donnée.

  1. L’oncle Joseph, dit "Joujou"

Resté à la maison paternelle comme son frère aîné, il continua aussi la culture et s’établit à son particulier. D’intelligence moins vive que ses frères, il prospéra quand même modestement, surtout grâce à sa vaillante femme, douée de même que notre grand-mère Claudel, et aussi aidé de bonne heure par ses enfants, au nombre de cinq :

Aimé, l’aîné, se fit charcutier et est venu à Paris. Il fut aussi bien souvent des nôtres chez mes bons parents par l’intermédiaire desquels il s’établit à Paris et se maria dans la famille Tessier (N. P. à Hortense Evelyne Tessier), une cousine germaine de ma mère.

Resté affectueusement reconnaissant à mes parents, ils ont été pour moi, comme le cousin de Melun, de bons et serviables parents.

Après 25 ans environ de travail acharné, ils sont venus, fatigués, se retirer à Arpajon où ils sont toujours et ont établi et  marié leur dernier fils Aimé (Aimé Philippe CLAUDEL 1888-1918).

Quant aux quatre autres enfants de l’oncle « Joujou », deux filles, Louise et Zélie, se sont mariées et se sont établies aux environs de Nancy, dans d’heureuses conditions, puis ont déjà établi leurs propres enfants de même.

L’autre fille, aînée de la famille Adolphine, fut mariée sur place à un maréchal et propriétaire fort aisé Gérardin, qui, grâce aux aptitudes et à l’activité de sa femme, cessa bientôt son industrie pour se contenter d’exploiter son vignoble. Ils ont passé de longues années tranquilles et prospères, élevant un fils unique qui prit la carrière militaire. Mais en 1913 (N. P. 11/10/1908 en fait), Gérardin périt d’un accident bizarre. Etant monté près d’une cuve de vendange pressurée en fermentation, il fut pris d’étourdissements et tomba dans la cuve où il périt asphyxié avant qu’on eût pu l’en retirer. Puis son son fils, Lieutenant à la déclaration de guerre et promu Capitaine avec décoration pour sa belle conduite, vient de périr à son tour au Bois-le-Prêtre (28/09/1915), laissant une veuve et un enfant.

Enfin, le dernier fils de l'oncle "Joujou", resté à Frolois comme sa sœur Adolphine, a continué l’exploitation agricole de son père en y prospérant sérieusement. Lui aussi n’a eu qu’un fils auquel il avait cédé sa suite en 1912-1913, pour se reposer à son tour. Mais après tant d’années heureuses et tranquilles, Idulphe, comme sa sœur, vient d’être frappé par l’horrible guerre, son fils a été tué également près de Toul (N. P. 12/05/1915, au Bois-le-Prêtre), laissant une femme et 2 tout jeunes enfants (N. P. André et Henri Claudel, puis vint Jean). Et à l’heure où j’écris, Idulphe a dû reprendre la place de son fils, et comme il me l’a écrit, va tâcher d’élever ses petits-enfants.

De sorte que par une singulière coïncidence, la guerre a fait pour la famille ses deux premières victimes. Chez le frère et la sœur, et au berceau même de cette ancienne famille naguère nombreuse, actuellement des plus réduite.

  1. (…) ; Une page du texte manque, début du passage qui paraît décrire les  parents de l'auteur du texte Henri Claudel  soit  Victor Claudel et Eugénie Savary

(…) fallut plus d’une année de traitement pendant laquelle ma mère dut soigner son père comme un enfant. La poste lui fut ainsi confiée, de la sorte que ma Mère devint assez tôt une femme accomplie. La sœur cadette, Adèle, la tante Masillier était plus spécialement adonnée au travail du dehors, notamment des champs. La troisième, notre tante Dupuis, affectée d’une claudication due à une chute faite en bas âge, n’étant pas assez forte pour le travail manuel, s’occupait exclusivement de coutures. Je donnerai plus loin les détails de chacun des frères et sœurs de notre Mère. Il faut, pour compléter la description de l’intérieur de nos grands-parents, dire que dans la maison le courage, la bonne volonté et la gaieté régnaient dans l’affection de tous.

Le Grand-père était amateur de musique et, les dimanches et fêtes, on se réunissait avec une ou deux familles amies pour chanter les nouveautés d’alors, dont notre Mère charma ensuite notre jeunesse, car c’étaient là les meilleurs souvenirs, disait-elle. Ces réunions intimes où chacun donnait sans apprêt ce qu’il savait, avait en effet un charme inconnu de nos jours. Parlons maintenant de chacun.

La tante Masillier-Savary

D’une complexion plutôt faible lors de son mariage, la tante Masillier eut de suite toute l’énergie et la direction qui manquait à l’oncle, homme superbe mais, en dehors de son métier de maréchalerie où il était de 1er ordre, sans volonté avec tous. De sorte qu’après des débuts un peu difficiles, l’oncle laissa la tante conduire ses affaires et ce fut seulement par elle qu’il put économiser et progresser.

Ils eurent d’abord un premier enfant d’une très mauvaise santé, qui tenait du côté paternel et qu’ils ne purent élever, puis un second garçon, Anatole et une fille Marie. Anatole, qui joignait avec la beauté physique de son père les meilleurs dons d’intelligence pratique et de généreuse bonté des deux familles, fut de bonne heure, mûri (d’ailleurs) par le décès prématuré de son père, qui le rendait à 18 ans chef de famille. Après quelques années passées à Paris dans la quincaillerie, il prit à St-Germain-en-Laye une maison de 1er ordre, un peu négligée par son propriétaire, riche et malade, et qu’il fit prospérer. Il se maria bientôt avantageusement dans une famille de Paris (Claire Vasseur) et eut trois filles.

C’était la prospérité et le bonheur, d’ailleurs très laborieusement et dignement gagnés. Mais hélas ! comme les meilleurs temps d’ici-bas, ces jours furent courts … Il fut enlevé à 33 ans des suites d’une pleurésie contractée dans une période militaire qu’il accomplissait comme officier de réserve.

Après la perte de mon Père, c’était pour moi la peine la plus sensible que j’aie encore ressentie, tellement j’aimais et admirait ce garçon supérieurement doué et dévoué à tous. Du moins sa veuve a fort bien élevé ses trois filles, dont l’aînée a été mariée dans les meilleures conditions à un Suisse, Vinotti, intéressé dans une maison de commission de Paris.

Quant à la tante, après des années d’un labeur des plus durs, rappelant celui de la Grand-mère Savary, elle avait dû céder sa maréchalerie.

  1. Tante Joséphine Florentin

La tante Joséphine fut mariée avec un brave cultivateur de Frolois nommé Florentin, brave homme, mais d’esprit borné qui excitait souvent la risée de la famille, sans d’ailleurs qu’il s’en fâchât. Ces braves gens vécurent seuls, sans enfants, une longue et modeste existence dépourvue d’incidents.

  1. Tante Perrin

Assez jolie et très active, elle fut recherchée par l’oncle Perrin qui était d’une famille assez aisée de Favières, faisant le colportage d’étoffes aux environs de Paris.

Cet oncle, peu gratifié physiquement, de visage et de démarche, s’exprimant avec difficulté et lenteur, avait l’apparence maladroite et inintelligente qui le faisait prendre comme insignifiant et même en risée, à tel point que son arrivée au milieu de nous était une joie pour les plaisanteries et les taquineries que tous lui prodiguaient et dont il se fâchait rarement, de notre part du moins.

Mais au fond, il était retors et d’une ténacité dans ses projets qui le faisaient presque toujours aboutir. Très brave homme, en résumé, il est resté le bon souvenir heureux de tous ses proches pour les heures de gaieté qu’il leur donnait ; et finalement, il sut par ses relations et démarches, marier et établir successivement trois de ses enfants dans les meilleures conditions ; il se constitua une gentille fortune, grâce surtout à l’intelligente activité et aussi l’économie même excessive de la tante.

Leur quatrième enfant, Edmond, d’une nature un peu plus difficile, mourut à 20 ans, épuisé par les fatigues et les privations endurées au cours du siège de Belfort, où il avait héroïquement combattu.

Ce sont eux qui firent venir mon père près de Paris, la tante étant tombée gravement malade. Ils lui demandèrent, pour les aider, et mon père, alors dans sa 7e année de service militaire, obtint un congé de libération anticipée. Cette aide provisoire fixa la destinée de mon père. Engagé par les Perrin à prendre leur profession et d’autre part découragé de continuer, malgré les abjurations de son père, l’existence qu’il avait mené avant son départ à l’armée. Il se décida à rejoindre les Perrin après que le Grand-père lui eût remis le seul capital, bien modeste, d’un cheval, d’une voiture et de 100 francs d’argent pour se monter en marchandises ! Avant de continuer ce qui concerne spécialement mon père, j’ai à parler de la 7e et dernière enfant des Claudel.

  1. Tante Grangé

Mon père, à contre cœur du reste, fut son parrain, d’où son nom de Victorine. Elle fut, contrairement aux autres, élevée avec des douceurs et des gâteries qui exaspéraient ses autres frères et sœurs. Aussi, enfant gâtée elle resta toute sa vie, avec les attributs que comporte ce caractère surtout égoïste, elle vécut peu en affection avec les siens. Néanmoins la fortune lui sourit dans les affaires, hôtel meublé, croyons-nous, qu’elle tint à Nancy.

Elle resta veuve sans enfant (de Louis Fourier Grangé). Elle ne vivait néanmoins que du souci de thésauriser, ce qui l’affolait jusqu’à ce qu’un jour on la trouva seule sur un grabat, à demi-morte de faim et de froid entourée de son argent, à la suite d’une attaque de paralysie. Elle fut conduite par Camille Claudel à un hôpital, où elle mourut au bout d’un mois à peine. C’est ainsi que nous sommes devenus sans qu’elle l’ait prévu, certes, ses héritiers et bien que lui étant restés bien indifférents pendant presque toute son existence.

Je continue le récit concernant mon père à son retour près des Perrin, jusqu’à son mariage.

Leur collaboration en commun ne fut pas longue car la tante, très âpre aux gains, le jalousait de son gain personnel.

Et mon père, un jour, s’en sépara pour aller plus loin, travailler seul. A son arrivée, ils exploitaient la région de banlieue, de la ligne d’Orléans jusqu’à Brétigny-Corbeil. Or mon père, malgré son peu de connaissances ni expérience, passa résolument la Seine à Corbeil, jurant de ne là plus repasser et se lança avec énergie dans l’inconnu.

Fixé bientôt à Varennes (Seine-et-Oise ; auj. Varennes-sur-Seine, Seine-et-Marne) il rayonna alors sur Draveil, Brunoy jusqu’à Boissy et Santeny. C’est par l’entremise de clients et amis, c’est ainsi qu’il connut la famille Savary, où il entra en épousant ma mère. Je vais donc parler de mes parents du côté maternel.

Famille Savary

Nos souvenirs de famille partent de l’aïeul paternel de ma mère, dont les parents étaient cultivateurs au Bois d’Auteuil, dépendance de Villecresnes. Notre arrière aïeul, après avoir appris le métier, et selon l’usage, fait son tour de France et s’établit maréchal-ferrant sur la route de Grosbois, avec le titre complémentaire de maréchal expert, qui lui permettait de suppléer en partie le vétérinaire. Il avait épousé Mademoiselle Malvaut ; ces braves gens acquirent par leur travail et leur économie une petite aisance et passèrent une existence modeste et paisible, estimés de tous, à cause de leurs qualités exemplaires de droiture et de bonté.

Ils passèrent ainsi la terrible époque de la révolution, donnant parfois asile passager à des proscrits, au péril de leur propre sécurité. A peine passé l’ouragan de la terreur, notre aïeul, à la demande de tous, faisant d’une part fonction de maire, allait avec ses amis chanter la messe sans prêtre dans l’église du village. Ils eurent deux enfants, mon Grand-père (le Grand-père Savary), qu’ils mirent à l’école d’Alfort et qui, sorti en bonnes conditions, exerça dans un rayon assez étendu autour de Villecresnes, sa profession de vétérinaire, tout en conservant la maréchalerie paternelle.

Puis une fille, la tante Rochas (puis de Pardailhan), à qui ils donnèrent aussi une certaine éducation et qu’ils marièrent à M. Rochas, huissier à Boissy-St. Léger et intendant du prince de Wagram au château de Grosbois, puis nommé maire de Boissy, gardant dans ses diverses attributions l’estime générale.

L'oncle Rochas mourut à 41 ans des suites d’une fracture de la jambe, laissant avec une jolie fortune deux filles qui firent de brillants mariages, grâce aux relations mondaines de la tante, remariée à M. de Pardailhan, homme sans fortune mais d’une honorable famille ruinée par la révolution. Les demoiselles Rochas, cousines de ma Mère, mais placées dans les milieux fort au-dessus du nôtre, eurent peu de relations avec la famille dont elles parurent se désintéresser peu à peu. L’une épousa le docteur Lebeau, encore fixé actuellement aux Batignolles, et n’eut pas d’enfant. Et l’autre, un riche Lord anglais, M. Murray, dont elle n’eut qu’un fils élevé chez sa tante Lebeau, seul descendant de cette branche des Savary. La tante Rochas de Pardailhan décéda en 1870.

Je reprends ce qui concerne spécialement mon Grand-père Savary et les siens. Etabli à Villecresnes, il alla bientôt se marier dans la famille Tessier à Brétigny.

La Grand-mère Savary, née Claire Tessier, n’avait que 13 ans lorsqu’elle perdit sa mère. Restée seule avec son père (, qui était presque constamment en tournée comme maréchal expert, faisant alors la fonction de vétérinaire à la campagne, elle fut donc dès sa jeunesse à la tête de la maison dont son père ne prenait pas souci. Mais intelligente autant qu’active et laborieuse et guidée un peu par de braves amis, elle devint de bonne heure une maîtresse de maison accomplie. Remarquons qu’alors, ménage, cuisine y compris la fabrication du pain, le blanchissage et l’entretien du linge, tout se faisait chez soi, sans parler que l’aïeul Tessier avait encore quelques champs ou vignes auxquels il fallait par moments mettre la main.

Le brave homme, un peu trop bon vivant parfois, se reposait donc de presque toutes ses affaires sur sa fille, ne s’occupant lui-même que de ses tournées et de sa forge où il fut d’ailleurs supplée, de bonne heure aussi, par son fils, frère unique de la Grand-mère.

Quand elle vint, avant son mariage, pour la première fois faire la connaissance de sa future famille, elle fit ¾>

Les Tessier-Savary

L’aïeul Tessier était lié avec l’aïeul Savary, tous deux s’étant connus dans les rapports de leur profession. C’est ainsi qu’ils furent amenés à marier leurs enfants. Un trait montrera l’endurance de la Grand-mère Savary qui était cependant de faible apparence, petite et mince, mais nerveuse et vive, tant au physique que d’esprit.

¾> Quand elle vint avant son mariage faire la connaissance de sa future famille, c’était à l’époque de Noël, elle fit le chemin à pied en sabots accompagnée de son père ; et à leur retour, la neige les ayant pris en route, elle revint à Brétigny distant d’environ 24 kilomètres, ses sabots à la main.

Très bonne comme le Grand-père d’ailleurs, mais plus ferme et plus pratique, elle fut dans son propre intérieur ce qu’elle avait été dans celui de son père, assumant par son activité incomparable et sa gestion ingénieuse et économe, toute la direction de la maison, plus compliqué encore qu’à Brétigny ; car outre la maréchalerie, elle comportait un relais de chevaux pour la poste diligence. Avant de suivre le Grand-père et la Grand-mère Savary chez eux, il faut parler des Tessier. (…fin...)